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L'ordre Fuke était une branche du bouddhisme Zen tout comme l' école Rinzai.

Avec l'arrivée au pouvoir du gouvernement des Tokugawa (naissance de l'ère Edo), le contrôle des moines bouddhistes et des rônin devint une question épineuse qu'il fallait résoudre rapidement afin d'imposer et maintenir l'ordre et la sécurité; il faut rappeller que les moines de l'époque ne s'adonnaient pas qu'à la méditation et l'étude des préceptes. 

Certains ordres étaient plus craints que respectés par le peuple et le gouvernement pour la terreur qu'ils faisaient régner (dans les faits, il s'agissait pour le gouvernement de contrôler des ordres religieux puissants qui souhaitaient préserver leur indépendance, ce qui est en contradiction avec toute politique dictatoriale). 

Il faut aussi rappeller que l'arrivée au pouvoir des Tokugawa s'était fait au prix de nombreux sacrifices, et qu'un grand nombre de Samurai suite à la défaite de leur clan devenaient des Rônin, des Samurai errants par la force des choses. Afin de contrôler cette masse de Rônin succeptibles de chercher à assouvir leur vengeance et sauver l'honneur de leur clan défait, il était opportun pour le gouvernement de mobiliser ces énergies positivement.

Sous le dictate du gouvernement Tokugawa, les moines Komusô furent donc regroupés autour de Temples permettant de les contrôler plus facilement. C'est autour de cet ordre exclusivement constitué de membres issus de la classe noble des guerriers - les Samurai - que nacquit officiellement l'ordre bouddhiste Zen Fuke-shû. 

Ces moines-guerriers appellés Komusô (虚無僧 moines du vide) sont connus pour leur chapeau de roseau cachant leur visage et symbolisant leur détachement du monde.

Durant l'ère Edo, les moines Komusô jouèrent un rôle important dans le maintien de l'ordre établit par le Shogunat des Tokugawa visant à maintenir la paix et déjouer les intrigues politiques. Cette stabilité politique interne permit de préserver une paix durable pendant 265 ans. 

En échange de services rendus au gouvernement, les Komusô étaient libres de passer sans entrave les différents points de contrôle placés ça et là, et avaient de nombreux privilèges dont le droit entre autre au port du poignard.

A la fin du shogunat de l'ère Edo, on vit apparaitre un certain nombre d'imposteurs n'appartenant pas à la classe des Samurai revétir l'habit de Komusô ; certains pour survivre grace à la flûte, d'autres pour fuir et se cacher (les Komusô portaient un chapeau de roseau cachant leur visage) des autorités. Ces pseudo-moines n'étant pas familliers aux pièces classiques, jouaient des airs populaires n'ayant rien à voir avec les pièces classiques dont le but était la méditation.

Avec la révolution Meiji (1868), l'ordre Fuke fut demantelé et interdit en 1871 par le nouveau régime en place en raison de son implication et son rôle actif dans le gouvernement précédent des Tokugawa. 

Tout comme c'est le cas dans la plupart des grandes écoles traditionelles, on peut considérer que l'enseignement se transmis à deux niveaux: l'enseignement de base donné aux membres de la secte, et l'enseignement fondamental à quelques initiés seulement. 

La tradition veut que l'héritier d'une école transmette les arcanes de son héritage à un ou deux disciples afin que l'enseignement ne disparaisse pas. Ces disciples étant à leur tour chargés de transmettre leur héritage. 

La tradition et l'enseignement de maître à disciple continua ainsi de se transmettre jusqu'à nos jours via quelques grands maîtres comme Miyakawa Nyozan, Kobayashi Shizan, Okazaki Meido, Katsuura Shozan, Takahashi Kûzan, et aujourd'hui Fujiyoshi Etsuzan.

Une des particularités de l'école Fuke était son hétéroclisme. En effet, les différents temples situés dans les  différentes provinces du Japon ont transmis des pièces de nom identique mais de contenu souvent différent. Les raisons en sont simples; Afin de préserver les arcanes, les pièces n'étaient souvent transmises que partiellement aux moines venus d'autres temples. De plus, il n'existait pas jusqu'à récement de partitions écrites, et la mémoire est parfois capricieuse. 

C'est Takahashi Kûzan qui rassembla et synthétisa l'enseignement pour transmettre les pièces originales ainsi que leurs variations. Il aurait hérité de plus de 150 pièces alors qu'il poursuivait sa quète spirituelle à travers le Japon (武者修行 Musha-shugyô ou quète spirituelle du moine-guerrier).

Ainsi, on sait que Suzuru (巣鶴) est la version la plus ancienne de la pièce "le nid de la grue", qui donna naissance à différentes variations et dont le nom évolua pour donner des pièces connues sous le nom Tsuru no Sugomori(鶴の巣 籠 ). 

On sait aussi que différentes pièces provenant de différentes provinces furent transmises sous le nom de Reibo (鈴慕). Afin de les classer, on ajouta souvent le nom du temple de transmission ; c'est ainsi que Kyûshû-Reibô et bien d'autres pièces furent rebaptisées pour préserver le répertoire classique et hétéroclite de l'école. C'est le cas des pièces Shirabe (調)(pièces quelquefois transmises sous le nom Chôshi ce qui est une méprise) où le nom a évolué vers des nominations telles que Yamato-no-Shirabe, en fonction de leur origine.

Aujourd'hui, les pièces transmises dans l'école Fuke-shû sont notifiées avec leur lieu de transmission (temple Fudai-ji, Ichigetsu-ji, Reihô-ji, Myôan-ji etc...). Il est ainsi possible de remonter aux sources.

Le Shakuhachi a toujours été plus qu'un ordre dogmatique structuré, c’est une école de pensée dont le paradigme est la recherche de la vérité à travers la pratique du shakuhachi.

Si pour des raisons politiques, cette école de pensée née du bouddhisme Zen s'est structurée pendant l'ére Edo, son essence réside avant tout dans son contenu ; la musique contemplative et spirituelle. Le “son de la vérité”, ou le concept “un son pour atteindre l’illumination” représente sa quintessence.

Le Shakuhachi Fuke n'a jamais disparu même si son enseignement s'est souvent transmis dans le secret. 

Parallélement à cet enseignement centré autour des pièces classiques de l'école (qui restent son fondement), l’école Fuke enseigne aussi la flûte Hitoyogiri, ainsi que le shinobiryû shakuhachi, le shakuhachi des ninjas. 

J'invite de tout mon coeur les personnes souhaitant savourer quelques pièces de Shakuhachi Fuke, à écouter les Cd Reibo et Kokû de maître Fujiyoshi Etsuzan. Ces chef-d'oeuvres de musique méditative permettent de comprendre l'expression "le Zen du souffle" et d'approcher ce concept aux formes si évanescentes.

Pour tous ceux qui sont passionnés de culture japonaise et souhaitent s’immerger dans le monde contemplatif de la musique zen Fuke, les deux livres digitaux “Shakuhachi le zen du souffle” et “Shakuhachi’ sont disponibles sur l’app store d’Apple et traitent de l’histoire, de la philosophie, et des principes musicaux de la grande école de shakuhachi Fuke.

Bien que l'histoire officielle de l'école Fuke-shû ne commence qu'avec l'ère Edo, le Shakuhachi de cette école et sa philosophie auraient été introduits de Chine au Japon au 13ème siècle par le grand maître Hottô Kokushi.

Disciple de Chôsan, 17ème descendant de l'école Fuke de Chine qui fut créée au 9ème siècle, il rentra au Japon en 1254 afin d'y transmettre son enseignement. Ainsi étaient jetés les fondements de ce qui allait devenir une des plus admirables musique contemplative.

Les moines de cet ordre jouaient de la flûte au lieu de pratiquer le Zazen (座禅 Zen assis ou position assise de méditation) et récitrer les Sutras. Le Shakuhachi était alors considéré non pas comme un instrument de musique mais comme un instrument religieux dédié à la méditation. D'où la notion de Zen du souffle (吹禅); méditation par le souffle en opposition au Zen assis.